Je m’appelle Tiffany. J’ai dix-neuf ans, je mesure un mètre cinquante et un pour à peine quarante-deux kilos.
Je suis celle que tout le monde qualifie de sage, discrète, angélique.
Mes cheveux châtain foncé forment des boucles serrées qui cascadent autour de mon visage, et mes yeux noisette sont si grands qu’ils me donnent toujours l’air un peu perdue.
J’ai toujours été terriblement timide. Je rougis pour un rien. Je baisse les yeux quand on me regarde trop longtemps. Je n’ai jamais bu, jamais fumé, jamais embrassé personne plus de quelques secondes maladroites. Je suis vierge de tout.
Et pourtant, depuis le premier cours de philosophie morale avec lui, quelque chose en moi s’est fissuré.
Ce mercredi d’automne, j’étais assise au troisième rang, tout à gauche, comme toujours.
La salle sentait le vieux bois ciré et le café froid. Le soleil couchant passait à travers les hautes fenêtres et dessinait des rayons dorés sur les pupitres. J’avais les mains posées sur mon cahier, les doigts crispés autour de mon stylo, mais je n’écrivais presque rien.
Le professeur Alexandre Duval était au tableau.
Quarante-huit ans. Grand, large d’épaules, la chemise noire aux manches retroussées sur des avant-bras puissants et veinés. Sa barbe poivre et sel était parfaitement taillée, et ses yeux gris avaient cette façon calme et tranchante de vous transpercer sans effort.
Sa voix était grave, posée, presque trop calme. Chaque mot semblait pesé, choisi, comme s’il savait exactement l’effet qu’il produisait sur nous.
« La soumission volontaire, disait-il lentement en traçant une courbe élégante au tableau, n’est pas une faiblesse. C’est une forme supérieure de liberté. Celle où l’on choisit de s’abandonner à une volonté plus forte que la sienne. »
Je sentis mes joues s’enflammer instantanément. Mon cœur se mit à battre si fort que j’eus peur que toute la salle l’entende.
Je baissai la tête, laissant mes boucles épaisses cacher mon visage.
Pourquoi ces mots me touchaient-ils si profondément ?
Pourquoi mon ventre se serrait-il chaque fois qu’il prononçait le mot « soumission » de cette voix basse et assurée ?
Autour de moi, les autres étudiants prenaient des notes ou chuchotaient. Moi, je restais immobile, les cuisses serrées sous ma jupe plissée trop sage.
Je sentais une chaleur étrange, inconnue, se répandre lentement entre mes jambes. Une moiteur légère, presque honteuse. Je n’osais pas bouger d’un millimètre.
Quand le cours se termina, je restai assise quelques secondes de plus, le temps que la salle se vide.
Je rangeais mes affaires lentement, les mains tremblantes, quand sa voix résonna juste derrière moi.
« Tiffany. »
Je sursautai violemment. Il connaissait mon prénom. Évidemment. Mais l’entendre prononcé par lui, si près, fit courir un long frisson le long de ma colonne vertébrale.
Je me retournai lentement. Il était debout à côté de mon pupitre, beaucoup plus grand que moi. Je dus lever la tête pour croiser son regard. Ses yeux gris me fixaient avec une intensité tranquille, presque amusée.
« Vous n’avez presque rien écrit aujourd’hui, observa-t-il doucement. Quelque chose vous trouble ? »
Ma gorge se serra. Je sentis mes joues devenir brûlantes. Je serrai mon cahier contre ma poitrine comme un bouclier.
« Non… monsieur, murmurai-je d’une voix à peine audible. Je… j’écoutais. »
Un léger sourire étira ses lèvres. Pas un sourire gentil. Un sourire qui disait qu’il voyait clair en moi, qu’il devinait tout.
« Vous écoutez très intensément, alors. Vos joues sont rouges depuis le début du cours. »
Je baissai les yeux immédiatement, mortifiée. Mes boucles tombèrent devant mon visage. Je voulais disparaître sous terre.
Et en même temps… je voulais qu’il continue à me regarder exactement comme ça.
Il fit un pas de plus. Sa présence était écrasante. Je sentais son parfum : bois de cèdre, cuir, quelque chose de viril et de propre qui me tournait la tête. Mon ventre se contracta encore plus fort.
« Regardez-moi, Tiffany. »
Sa voix n’avait pas haussé d’un ton, et pourtant c’était un ordre. Doux, mais indiscutable.
Je relevai lentement les yeux. Mes lèvres s’entrouvrirent sans que je puisse les en empêcher. Il me dominait complètement, et quelque chose en moi, quelque chose de profondément enfoui, aimait ça. Terriblement.
« Vous êtes une étudiante brillante, reprit-il plus bas. Mais je sens que vous retenez quelque chose. Une question. Une envie. »
Il marqua une pause, puis ajouta, presque dans un murmure :
« Peut-être avez-vous besoin d’une discussion… plus privée. »
Mon cœur rata un battement. Entre mes cuisses, la chaleur était devenue insistante, humide. Je serrai les jambes plus fort, terrifiée à l’idée qu’il puisse deviner l’effet qu’il me faisait.
Je ne savais pas quoi répondre. Ma voix refusait de sortir. Je restai là, petite, tremblante, les yeux levés vers cet homme qui semblait lire en moi comme dans un livre ouvert.
Il tendit la main et, du bout des doigts, écarta doucement une boucle de cheveux qui me barrait la joue. Ce simple contact me fit frissonner jusqu’aux orteils. Sa peau était chaude, ferme.
« Réfléchissez-y, murmura-t-il. Mon bureau est ouvert après 18 h. Personne ne viendra nous déranger. »
Puis il se redressa, reprit son ton professoral habituel et quitta la salle sans un regard en arrière.
Je restai figée sur ma chaise, le souffle court, les cuisses moites, le corps entier parcouru de picotements brûlants.
Je savais déjà que j’irais.
Et cette certitude me terrifiait… autant qu’elle m’excitait.